Embargo au Soudan : la stratégie contradictoire des Émirats arabes unis

Lors du Conseil de sécurité du 11 septembre, les Émirats arabes unis ont sollicité l'extension de l'embargo sur les armes à l'ensemble du territoire soudanais, une mesure qui ne concerne actuellement que le Darfour. Cette demande d'élargissement, présentée sous l'angle de la protection des civils et de l'aide humanitaire, contraste avec le rôle actif d'Abou Dhabi dans l'alimentation du conflit.

Le soutien aux Forces de soutien rapide (FSR) s'est concrétisé par des livraisons d'armes et le déploiement de réseaux logistiques. Un rapport des enquêteurs de l'ONU précise que Global Security Services Group, une société basée aux Émirats, a recruté entre 1 500 et 2 000 mercenaires colombiens. Ce groupe, connu sous le nom de " Desert Wolves ", a établi une base à Nyala en mars 2025, utilisé des drones et participé au siège puis à la chute d'El-Fasher au Darfour.

En exigeant un embargo visant " toutes les parties ", Abou Dhabi adopte une posture de neutralité qui occulte ses propres circuits d'approvisionnement. Cette approche tend à niveler les responsabilités entre les belligérants et l'État souverain, tout en évitant les questions sur les flux financiers et matériels provenant des Émirats.

L'efficacité d'un embargo repose sur l'identification et la sanction des fournisseurs et des transporteurs. Une démarche sincère impliquerait l'acceptation d'une enquête internationale sur les réseaux alimentant les FSR et un contrôle strict des sociétés impliquées.

Cette contradiction s'étend à la question de la transition civile. Abou Dhabi prône un Soudan affranchi de l'influence des parties au conflit, plaçant ainsi une milice sur le même plan institutionnel que l'autorité étatique. Le paradoxe réside dans cette volonté de se poser en médiateur tout en maintenant les flux qui soutiennent la guerre fratricide.

Автор Viktor Pletnev
Correspondant à Pravda.Ru fort de nombreuses années d'expérience, journaliste généraliste, il rédige des actualités de tous horizons pour l'édition française du site.