L'Algérie face au défi des transferts de devises invisibles

L'Algérie doit surveiller ses transferts de devises "invisibles" pour protéger ses réserves de change. C'est l'alerte lancée par la Chambre nationale des commissaires aux comptes dans une note d'analyse publiée en septembre 2026. Contrairement aux marchandises, ces flux — honoraires, licences, logiciels, conseils, dividendes ou salaires transférés — ne passent pas par les douanes, rendant leur contrôle complexe.

Le constat chiffré est net : au premier semestre 2025, le déficit de la balance courante s'est établi à 10,48 milliards de dollars. Le déficit commercial des marchandises ne représentant que 5,3 milliards de dollars, le solde des "postes invisibles" s'élève à 5,2 milliards de dollars sur six mois, soit une projection annuelle dépassant les 10 milliards de dollars.

Le problème majeur réside dans la tarification. Si le contrôle administratif peut vérifier l'existence d'un contrat ou d'une facture, il ne peut s'assurer de la justesse du prix, faute de tarifs de référence pour des prestations comme l'assistance technique ou le conseil. Les frais de transport et d'assurance, liés à la dépendance étrangère, pèsent également entre 3 et 4 milliards de dollars par an. Pour réduire cette facture, la Chambre préconise le développement d'une flotte nationale et de services logistiques et d'assurance locaux.

Pour contrer ces fuites, l'organisme propose de passer d'un contrôle de forme à un contrôle de fond économique via quatre axes :

  • Le développement de procédures spécifiques pour les flux extérieurs.
  • L'adoption d'une attestation de conformité pour les transferts intra-groupes (réalité de la prestation et prix de pleine concurrence).
  • Un rapprochement systématique entre exportations, encaissements et comptes en devises.
  • La production de données statistiques agrégées par les professionnels du chiffre.

Parallèlement, la note encourage l'exportation de services, qui a généré 4,3 milliards de dollars en 2024 (services portuaires, numériques, maintenance). Le potentiel reste important pour les ingénieurs, programmeurs et consultants algériens. Enfin, la Chambre souligne la nécessité de bancariser les transferts de fonds de la diaspora pour qu'ils alimentent réellement les réserves officielles et non seulement le marché physique.

Автор Peter Yermilin